« Cures de langage(s) » : résumés

Sonia DE MARTINO
Approche linguistique des troubles de la communication dans l’autisme & projet de remédiation de la pragmatique du langage

Le trouble du spectre de l’autisme (T.S.A.) est un trouble neurodéveloppemental caractérisé par des déficits de la communication, des interactions sociales et un caractère restreint et répétitif des comportements et des intérêts.

Dans notre propos, nous expliquerons en quoi certaines théories cognitives explicatives de l’autisme font écho aux théories de la pragmatique du langage.

Puis nous exposerons, dans le cadre d’une approche linguistique de la sémiologie des troubles de la communication, comment nous avons interroger les travaux de Jakobson (1963) sur les fonctions du langage et ceux de Rey et al. (2013) sur le concept de « fonction patrimoniale » pour développer une remédiation de la pragmatique du langage des T.S.A.

A l’issue de ces apports théoriques, nous présenterons la méthodologie et les premiers résultats des « ateliers de pragmatique » mis en place au Centre Ressource Autisme de la région PACA à titre expérimental.

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Fabien PRUVOST et Anne MICHEL
Apports d’un atelier d’écriture dans le développement des compétences socio-pragmatiques de jeunes adultes avec TSASDI[1] : des mondes qui s’enrichissent

Les prises en charge visant à développer les compétences socio-pragmatiques de jeunes adultes avec TSASDI sont rares. Indispensables néanmoins, elles leur permettront de s’insérer dans la société.

Nous avons choisi, au sein d’un SESSAD, d’enrichir ces compétences par la médiation d’un atelier d’écriture encadré par différents professionnels, dont un écrivain.

La fiction réaliste créée met en scène des personnages accompagnés par un SESSAD et d’âge similaire à celui des auteurs. Le cadre spatio-temporel de l’histoire est en lien étroit avec celui dans lequel ces derniers évoluent.

Cette fiction, foisonnante d’éléments autobiographiques, se rapproche d’une autofiction écrite à plusieurs mains. Plus qu’un témoignage des tentatives des auteurs pour comprendre le monde environnant et ses codes, elle devient une clef qui ouvre leur univers.

Les particularités sensorielles, pragmatiques et de décodage des mondes sociaux jalonnant le récit seront mises en lumières par les extraits présentés et explicités.

[1]                TSASDI : trouble du spectre autistique sans déficience intellectuelle

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Thalita Cristina SOUZA-CRUZ
Catégorisation sémantique et aphasie :
l’approche de la Neurolinguistique énonciative-discursive

Dans des sujets avec pathologies du langage, certains phénomènes linguistiques et cognitifs, comme les paraphasies et le manque du mot, peuvent aider à la compréhension de l’organisation et du fonctionnement sémantique, tant dans le langage pathologique que dans le langage normal. Cette communication souhaite discuter les modèles actuels de catégorisation et de fonctionnement sémantique-lexical de manière critique, à travers l’analyse de la production de paraphasies sémantiques et littérales, et de situations dans lesquelles les sujets aphasiques sont sporadiquement incapables de retrouver le mot. Cette analyse a été effectuée à partir d’épisodes dialogiques avec trois sujets aphasiques participant à des séances hebdomadaires de « Centre de Convivence d’Aphasiques » (CCA/Unicamp, Brésil). On plaidera en faveur d’un modèle socio-cognitiviste de catégorisation, basé sur l’interaction entre les sujets (Larsson, 1997) et situé dans une vision dynamique de fonctionnement mental (Luria, 1986). Cette approche fait partie des études menées pour la Neurolinguistique énonciative-discursive, developpée au Brésil (Coudry, 1986 ; Novaes-Pinto, 1999).

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Agnès DESBIENS
Que nous apprennent les particularités linguistiques des élèves avec TSA et dyslexie pour la compréhension des troubles et la pratique enseignante ?

Les troubles du spectre de l’autisme et les dyslexies correspondent à deux catégories de troubles neuro-développementaux impactant le langage à des niveaux souvent opposés, suggérant des pratiques adaptées contrastées.

Les forces visuo-spatiales des uns sont les faiblesses des autres. Les déficits de compréhension orale et dans la pragmatique conversationnelle des premiers sont l’avantage des seconds. La compréhension écrite et l’autorégulation à l’écrit sont cependant souvent problématiques pour les deux publics d’élèves, nous montrant qu’un décodage automatisé est insuffisant pour garantir l’accès au sens… Nous examinerons les conséquences de leurs fragilités et forces respectives pour avancer sur les propositions d’accompagnement spécifiques de leurs compétences langagières, notamment sur le bénéfice commun des supports métacognitifs pour faciliter la production d’écrits…

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Kostas NASSIKAS et Caroline ROSSI
Le langage perceptif des bébés et des ados

Certaines autostimulations sensorielles des nourrissons, des ados et, moins souvent, des adultes (balancements, mérycisme, boulimie, anorexie, scarifications, addictions…) semblent avoir une fonction auto-calmante, et fonctionner comme une sorte d’auto-réponse à une difficulté, sans visée communicative et sans expression représentée des contenus psychiques.

Ces « langages » n’ont pas de lien apparent avec la parole ; ils disposent plutôt d’une syntaxe qui leur est propre (« auto ») sans sujet ni destinataire ; ils peuvent se répéter sans fin si des soins appropriés ne sont pas mis en place (voir par ex. J. Press, 2007, p. 1532). Ceux-ci nécessitent des dispositifs qui peuvent permettre l’articulation des « syntaxes sensorielles » avec les syntaxes langagières (Nassikas, 2012). C’est dans l’échange et le partage des sensations-sentiments adressés à l’autre que cette articulation peut devenir possible, en particulier lorsque le processus de la « deïxis » (pointage) se met en place progressivement, soutenu par le mouvement transférentiel attribuant aux soignants d’importants rôles psychiques.

Nous analysons ce dispositif transférentiel comme une reprise du mouvement qui conduit des fondations du langage aux premières productions verbales de l’enfant (Rossi, 2012). Il permet en effet de construire progressivement les places des interlocuteurs, présents et absents, ainsi que le sens des leurs contenus psychiques, de leurs messages et de leurs attentes.

Après avoir présenté la deïxis comme moment charnière de l’acquisition du langage chez le jeune enfant (Clark, 1978 ; Brigaudiot et Danon-Boileau, 2009), et les marqueurs déictiques comme des universaux langagiers (Fillmore, 1971 in Traugott, 1973), nous montrerons à partir de vignettes cliniques comment ces éléments se rejouent dans certaines cures de langage. Nous discuterons pour conclure des apports de cette analyse à notre compréhension des pathologies de la dépression du nourrisson et de l’adolescent.

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Mohammed AGUIDI
Traitement de compréhension orale en FLE : dispositif de stratégies

L’une des compétences que l’apprenant d’une langue étrangère (FLE) doit acquérir est la compréhension orale, l’acquisition de celle-ci peut connaitre des entraves qui affectent l’apprentissage de l’apprenant : difficulté de discrimination auditive, manque de concentration lors de l’activité de repérage, problème de segmentation de parole entendue…

Donc, face à ce problème d’apprentissage, il faut opter pour des cures langagières à caractère didactique pour qu’on puisse dépasser ces difficultés.

Dans cette communication, on tente de présenter, d’abord, des modèles d’erreurs de la compréhension orale, puis on les traite en scénarisant un dispositif d’enseignement des stratégies d’écoute (cognitives, métacognitives, socio-affectives) en classe de FLE.

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Laurence VINCENT-DURROUX
Evaluation des compétences orales des sourds profonds :
incidences de théories linguistiques différentes

Cette conférence a pour but de faire apparaître les conséquences que le recours à telle ou telle théorie linguistique peut avoir sur l’évaluation des compétences langagières des jeunes sourds.
Depuis les années 60, les « problèmes linguistiques » des sourds profonds suscitent l’intérêt. Or, de cette période à nos jours, les théories linguistiques les plus utilisées ont changé : si la syntaxe générative reste bien ancrée en Amérique du Nord, les chercheurs européens ont développé les théories de l’énonciation puis se sont familiarisés avec la linguistique cognitive. Chaque approche théorique accorde un intérêt plus marqué à certains aspects du langage, tels que la syntaxe de la phrase, l’énonciateur et la sémantique, ou encore la dimension cognitive. Les analyses des productions langagières des sourds profonds ont été menées selon ces points de vue variables, avec des méthodologies parfois radicalement différentes qui ont pu conduire à des observations et à des préconisations différentes.

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Frédérique BRIN-HENRY et Marie-Laurence KNITTEL
L’usage des termes « difficultés » et « troubles » dans un corpus de comptes-rendus orthophoniques

Cette étude porte sur le contexte droit des mots difficulté(s) et trouble(s), qui présentent une fréquence remarquable dans notre corpus de référence, constitué de 436 comptes rendus de bilan orthophonique.

Notre hypothèse est que l’analyse sémantico-syntaxique des syntagmes dont difficulté(s) et trouble(s) sont la tête révèle des variations significatives choisies par les orthophonistes.

Notre analyse, et les particularités qu’elle laisse transparaître, montrent :
– une utilisation privilégiée de syntagmes longs, à opposer à l’emploi de composés ;
– des oppositions significatives, comme difficultés [de N]SP vs difficultés [en N]SP, ou encore difficultés [de N]SP vs difficultés [à V]Sub.Inf.. Ainsi, difficulté à comprendre montrerait une conception plus dynamique du processus que difficultés de compréhension.
– l’accès à une valeur terminologique pour troubles [de N]SP, par opposition à troubles [de Det N]SP. De ce fait, trouble d’articulation aurait une valeur de terme diagnostique que ne possède pas trouble de l’articulation.

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Agnès CELLE et Laure LANSARI
Point de vue linguistique sur la dépression : la cohérence en question

A partir d’entretiens menés par un psychiatre auprès de trois groupes de sujets  – patients dépressifs, patients en rémission et sujets sains – nous cherchons à caractériser le discours des patients dépressifs sur le plan linguistique.

Ces entretiens révèlent que ce discours se caractérise par un manque de « cohérence », au sens de Pander Maat & Sanders (2006). Sont affectées les deux dimensions de la cohérence mises au jour par ces auteurs : la cohérence référentielle (anaphore et cataphore), et la cohérence relationnelle, qui concerne les liens logiques, notamment les liens de causalité.

Ce manque de cohérence a des conséquences sur la relation intersubjective : le co-énonciateur doit essayer d’identifier le référent ou la cause dont il est question, en s’appuyant sur le contexte linguistique large et/ou sur ses connaissances extralinguistiques.

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Dominique JUZEAU et Coralie BECQUERIAUX
Les Dys à l’université, quels aménagements possibles ?

Le réseau NeurodeV accompagne les familles d’enfants porteurs de troubles du neurodéveloppement, par un travail sur les parcours de vie, par des liens multiples avec les acteurs de terrain.

Les troubles spécifiques du langage induisent une difficulté durable à entrer dans les apprentissages, malgré un niveau d’intelligence normal. Une démarche diagnostique doit affirmer le trouble, des remédiations cognitives et différentes aides permettent à ces jeunes de poursuivre leur cursus.

Les troubles à l’Université restent une grande lenteur à la lecture, avec difficulté de compréhension, persistance de troubles visuospatiaux et de difficultés importantes dans la transcription graphique des idées.

La loi de 2005 permet l’inclusion dans la société par le biais de compensations individuelles (ordinateurs, « astuces » informatiques, logiciels spécifiques, utilisation d’internet) et de dispositifs collectifs d’accessibilité (aménagements par les enseignants dans la présentation des cours). Ainsi ces jeunes, intelligents, curieux, désireux de progresser, deviendront des citoyens responsables.

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Elodie GONTIER
La dysphasie ou l’enseignement face au trouble langagier

Les enfants dysphasiques manifestent des difficultés diversifiés, c’est pourquoi l’évaluation de la dysphasie est un acte complexe qui ne peut s’effectuer que dans un cadre pluridisciplinaire. L’enseignant doit travailler en étroite collaboration avec les thérapeutes pour une meilleure remédiation. Si «l’enfant dysphasique ne peut s’adapter à l’école telle qu’elle est » (C.L Gérard), nous nous demanderons comment le système scolaire prend en charge ces enfants.

En faisant un point sur les connaissances actuelles concernant cette pathologie, son diagnostic, et les grands principes de sa rééducation orthophonique (C. Maillart), nous envisagerons quelles sont les perspectives d’avenir des enfants dysphasiques grâce à l’évaluation des dossiers de 15 garçons et de 5 filles suivis au Centre de référence des troubles du langage à Nice.

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